Installation in situ, dimensions variables
Mutatio, artist run space, Nantes
2018
L’accès à Balade au bout du monde se fait par Dark Waters, un tableau monté sur un rail devant une porte. Pour découvrir la suite de l’œuvre, le spectateur doit le faire coulisser lui-même. Ce geste est essentiel au dispositif : dans l’espace d’exposition, un tableau est précisément un objet que l’on apprend à ne pas toucher. Ici, franchir cette interdiction implicite devient la condition d’accès à l’œuvre.
Derrière le tableau se trouve une petite pièce entièrement peinte, du sol au plafond, comme un paysage de coucher de soleil. Un néon en constitue la source lumineuse réelle tout en participant à l’image. Un ponton de bois traverse l’espace et détermine la zone dans laquelle le visiteur peut circuler. Le paysage n’est donc plus seulement représenté : il devient un espace praticable, et le spectateur occupe lui-même la place de la figure dans le tableau.
La référence à Étant donnés de Marcel Duchamp est importante dans la construction de cette situation. Mais là où Duchamp assigne au regardeur un point de vue précis sur une scène qu’il ne peut atteindre, Balade au bout du monde lui demande de franchir le seuil. Cette liberté reste toutefois scénarisée : la pièce est exiguë et le ponton contraint les déplacements. À l’immensité suggérée par le coucher de soleil répond ainsi un espace physique très limité.
Le tableau qui ferme l’accès est à la fois image, paroi et mécanisme. L’œuvre ne se donne entièrement qu’au spectateur qui accepte d’agir sur elle. Il doit comprendre qu’il peut toucher ce qui semble intouchable, déplacer l’image puis la traverser. La participation ne consiste donc pas seulement à se déplacer dans un décor : elle commence par une décision, une petite transgression, et par l’acceptation de devenir responsable de sa propre expérience de l’œuvre.
Balade au bout du monde se découvre d’abord comme un tableau : Dark Waters, monté sur un rail devant une porte. Pour accéder à la suite de l’œuvre, le spectateur doit pourtant faire quelque chose qu’un espace d’exposition lui apprend normalement à éviter : toucher le tableau et le déplacer lui-même. Ce geste constitue moins une interaction ludique qu’une petite prise de risque. Rien ne garantit immédiatement qu’il est permis ; il faut comprendre le dispositif, faire une hypothèse et décider de l’éprouver.
Le tableau coulisse alors et ouvre sur une petite pièce entièrement peinte, du sol au plafond, comme un paysage de coucher de soleil. Un néon en produit la lumière tandis qu’un ponton de bois permet d’y pénétrer et d’y circuler. Le spectateur ne regarde plus seulement un paysage : il le traverse puis l’habite, devenant lui-même la figure qui manquait au tableau. Cette liberté reste cependant construite. Le ponton détermine son parcours et l’espace réel, très réduit, contraste avec l’immensité suggérée par le paysage.
La référence à Étant donnés de Duchamp est importante, mais le rapport au regardeur s’y inverse en partie. Là où le dispositif duchampien assigne une position très précise devant une scène inaccessible, Balade au bout du monde laisse au visiteur la responsabilité de franchir le seuil. L’œuvre ne se livre entièrement qu’à celui qui accepte d’agir sur elle. Elle donne des indices plutôt qu’une consigne, construit une possibilité sans garantir qu’elle sera saisie.
La participation ne consiste donc pas simplement à entrer dans un décor. Elle commence par une décision : accepter de toucher ce qui semble intouchable, déplacer l’image, puis la traverser. L’œuvre laisse ainsi une part de l’expérience à l’initiative du spectateur. Elle ne vient pas entièrement à sa rencontre ; elle lui demande de faire, lui aussi, une partie du chemin.